Tirer

On pourrait noter ici encore l’indémêlable proximité
de tirer avec frapper. On préférera s’étonner de ce
dont étonnamment on ne s’étonne plus : la possibilité
pour l’humain de projeter un ballon dans un cercle
métallique assorti d’un filet nommé basket, mais
surtout perché à trois mètres et éloigné du double ;
ou d’envoyer, en le frappant du pied, un ballon a
trente mètres de soi dans un petit espace virtuel
appelé lucarne (que le cuir a du même coup « débarrassé
des toiles d’araignée », dit la vox populi)
Cela s’appelle un tir. Un tir n’est pas un lancer. Le
lancer se fait exclusivement à la main, quand le tir
peut être l’oeuvre du pied, donc, ou d’un pistolet.
Lancer admet la courbe, quand tirer suggère une trajectoire
tendue, rectiligne. Entre les deux le basketball
hésite, alternant tirs à trois points et lancer-francs.
Ce qui s’appelle un tir s’arme, se décoche, se place,
et dans tous les cas s’impose comme le fleuron du
génie humain – a-t-on jamais vu chimpanzé tirer
quelque chose qui ne soit pas sa femelle ?
Ce qui s’appelle un tir est admirable. En un centième
de seconde, le cerveau analyse l’espace qui le sépare
de la cible et parfois même le mouvement de celleci
(dans le cas d’un goal anticipateur ou d’un lapin
de garenne), puis transmet ces données au bras ou
au pied qui instantanément configurent le geste le
plus adéquat à la réussite de l’entreprise. Qu’on songe
que le trou laissé par les défenseurs de hand puis,
derrière eux, par le goal épais comme un chêne, est
parfois fin comme le chas d’une aiguille ou le poil
d’un chameau. Et pourtant la balle souvent y passe,
comme a su le programmer l’omnipotent cerveau du
pivot ou de l’ailier. Qu’on songe que le diamètre du
cercle du panier évoqué ci-dessus est à peine supérieur
à celui du ballon. Et quand bien même il heurterait
le cercle plutôt que le pénétrer, ce serait encore
digne d’étonnement.
On disait Maradona capable, placé aux seize mètres à l’entraînement, d’atteindre la barre transversale neuf fois sur dix. Mais l’aurait-il atteint une seule fois, preuve suffisante aurait été faite que le cerveau des hommes en général, et d’El Pibe en particulier, est un divin organe. N’aurait-il que frôlé dix fois la barre, notre adoration pour la race humaine en tant que douée de cerveau se serait trouvée confortée aussi. L’existence du tir est un humanisme.
Par les gestologues, samedi 17 mars 2007 à 18:54 - Génériques - #1 - rss


Une question virgule un beau geste ?
Commentaires | votre avis
1. Le jeudi 5 avril 2007 à 14:45, par Julien Corbinus