Cela s’appelle un tir. Un tir n’est pas un lancer. Le lancer se fait exclusivement à la main, quand le tir peut être l’oeuvre du pied, donc, ou d’un pistolet. Lancer admet la courbe, quand tirer suggère une trajectoire tendue, rectiligne. Entre les deux le basketball hésite, alternant tirs à trois points et lancer-francs. Ce qui s’appelle un tir s’arme, se décoche, se place, et dans tous les cas s’impose comme le fleuron du génie humain – a-t-on jamais vu chimpanzé tirer quelque chose qui ne soit pas sa femelle ?

Ce qui s’appelle un tir est admirable. En un centième de seconde, le cerveau analyse l’espace qui le sépare de la cible et parfois même le mouvement de celleci (dans le cas d’un goal anticipateur ou d’un lapin de garenne), puis transmet ces données au bras ou au pied qui instantanément configurent le geste le plus adéquat à la réussite de l’entreprise. Qu’on songe que le trou laissé par les défenseurs de hand puis, derrière eux, par le goal épais comme un chêne, est parfois fin comme le chas d’une aiguille ou le poil d’un chameau. Et pourtant la balle souvent y passe, comme a su le programmer l’omnipotent cerveau du pivot ou de l’ailier. Qu’on songe que le diamètre du cercle du panier évoqué ci-dessus est à peine supérieur à celui du ballon. Et quand bien même il heurterait le cercle plutôt que le pénétrer, ce serait encore digne d’étonnement.

On disait Maradona capable, placé aux seize mètres à l’entraînement, d’atteindre la barre transversale neuf fois sur dix. Mais l’aurait-il atteint une seule fois, preuve suffisante aurait été faite que le cerveau des hommes en général, et d’El Pibe en particulier, est un divin organe. N’aurait-il que frôlé dix fois la barre, notre adoration pour la race humaine en tant que douée de cerveau se serait trouvée confortée aussi. L’existence du tir est un humanisme.