Frapper

Dans les sports de combat où son usage semblerait
légitime, et presque redondant, on ne trouvera de «
frapper » qu’à la marge, comme si boxe, karaté, akido
et compagnie s’étaient ligués pour bouter hors de la
zone d’affrontement un mot ou une notion risquant
de les ramener à la violence que leur parure technique
ou philosophique s’évertue à euphémiser.
Dans le noble art particulièrement, il n’est que rarement
question de frapper. Plutôt de toucher, ou de coups,
d’upercuts, de crochets (Voir par ailleurs). Ça vous
exonère de l’impulsion bestiale que le ring formalise,
ça vous sort du ruisseau, vous consacre gentleman
comme Jim.
Et donc c’est là où on l’attend le moins, dans ce sport
de danseuse qu’est le football, que s’énonce le plus
souvent le mot frapper. Pourtant, que le pied frappe
le cuir ne suffit pas à produire ce signifiant. Faut-il
encore que, ce faisant, le joueur vise le but et entende
tromper l’individu nanti de gants qui le protège. Ce
qui pose une autre question : dans l’esprit du commentateur
sportif ou de son ersatz le spectateur, comment
se prend la décision de designer cette phase
de jeu par frapper plutôt que tirer ? La puissance de
l’impact ? Le degré de rage qu’on y met ? Si c’était le cas, l’expression frappe de bourrin (voir par ailleurs)
serait jugé pléonasmique et rayée du dictionnaire
des sports autant que du présent livre.
En attendant de trancher cette intranchable question, une chose est sûre : dans tous les sports, sur tous les types de terrain, d’aire de jeu, de surface, le champion n’est nommé tel que parce qu’il nous frappe de stupeur. Il arrive même que, reléguant à trois minutes ses rivaux lors d’un contre-la-montre du Tour ou battant en trois sets secs une tête de série dès le premier tour de Rolland-Garros, ledit champion frappe un grand coup.
Par les gestologues, samedi 17 mars 2007 à 20:00 - Génériques - #2 - rss


Une question virgule un beau geste ?
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