Dans le noble art particulièrement, il n’est que rarement question de frapper. Plutôt de toucher, ou de coups, d’upercuts, de crochets (Voir par ailleurs). Ça vous exonère de l’impulsion bestiale que le ring formalise, ça vous sort du ruisseau, vous consacre gentleman comme Jim.

Et donc c’est là où on l’attend le moins, dans ce sport de danseuse qu’est le football, que s’énonce le plus souvent le mot frapper. Pourtant, que le pied frappe le cuir ne suffit pas à produire ce signifiant. Faut-il encore que, ce faisant, le joueur vise le but et entende tromper l’individu nanti de gants qui le protège. Ce qui pose une autre question : dans l’esprit du commentateur sportif ou de son ersatz le spectateur, comment se prend la décision de designer cette phase de jeu par frapper plutôt que tirer ? La puissance de l’impact ? Le degré de rage qu’on y met ? Si c’était le cas, l’expression frappe de bourrin (voir par ailleurs) serait jugé pléonasmique et rayée du dictionnaire des sports autant que du présent livre.

En attendant de trancher cette intranchable question, une chose est sûre : dans tous les sports, sur tous les types de terrain, d’aire de jeu, de surface, le champion n’est nommé tel que parce qu’il nous frappe de stupeur. Il arrive même que, reléguant à trois minutes ses rivaux lors d’un contre-la-montre du Tour ou battant en trois sets secs une tête de série dès le premier tour de Rolland-Garros, ledit champion frappe un grand coup.