Sauter

Au sein de l’humanité pré-sportive, deux objectifs
géométriquement contradictoires motivaient le
saut : cueillir une pomme qu’une taille bassement
humaine rendait inaccessible ; éviter un projectile
rasant - belette ultra-speed ou balle de revolver
tiré par un hippocampe -, voué volontairement ou
non à vous défoncer les tibias. Bizarrement, ce
saut-esquive ne survit dans le sport que lorsque
l’attaquant de football élève ses jambes hors de
portée du ciseau agressif du tacleur, ou lorsqu’il
passe au dessus du gardien qui, le précédant, s’est
couché jalousement sur la balle.
On compte en revanche nombre de survivances du
saut-pomme, le fruit sujet à la pourriture précoce
ayant été remplacé par le ballon de volley, de basket,
de rugby (voir Touche), de foot (pour un coup
de tête), par une balle de tennis (et alors l’homme
encore trop nain se prolonge d’une raquette pour
smasher ou servir), par des anneaux de gymnastique (et alors le plus dur reste à faire), etc.
Mais puisque
passant de l’état de nature à l’espace social du sport,
l’homme a saturé son existence d’activités gratuites,
il arrive qu’on saute sans autre but que le saut luimême,
en s’aidant à l’occasion d’une perche. A ce
moment, une barre est bien placée en travers du saut,
mais il s’agit non de l’attraper (et que ferait-on d’une
barre ? je vous le demande), mais de la contourner
par le haut.
Le superflu, qui dans le saut de cheval est pour ainsi
dire sublimé en raffinement esthétique (Voir Le saut
de l’ange de Nadia Comaneci), atteint son paroxysme
avec le saut en longueur. Si son cousin ennemi de
la hauteur peut lointainement évoquer l’immémoriale
aspiration de l’homme à se hisser jusqu’à
l’Olympe, on ne voit vraiment pas vers quoi fait signe
ce concours de barbotage dans le sable. Tout juste
peut-on, à titre de déterminant originelle, évoquer
ces moments de la vie sauvage, où, coursé par un
lion géant (voir Se mettre à courir), l’homme de
Néanderthal enjambait dans son élan un bras de
rivière, plantant sur la berge le fauve vert de rage.
Qui du coup sautait sur la première gazelle venue,
posant les bases d’un sport promis à une durable
vogue, la drague.
Par les gestologues, jeudi 9 août 2007 à 11:52 - Génériques - #11 - rss


Une question virgule un beau geste ?
Commentaires | votre avis
1. Le mardi 13 novembre 2007 à 01:13, par Phil Thorjman