La chute est liée à la mauvaise exécution d’un geste :

  • dans son amplitude (shoot à coté de la balle, triple-axel raté),
  • dans sa vitesse (virage loupé en ski ou à vélo),
  • dans sa préparation (refus du cheval devant l’obstacle),
  • dans ses enchaînements (barre asymétrique, gymnastique en général)
  • dans son timing (mauvaise réception du partenaire en patinage).

Elle advient du geste et en crée d’autres. Triple-flip défectueux, et le patineur étend ses bras en arrière pour minimiser le choc de son bassin sur la glace. Refus du cheval face à l’obstacle, et le cavalier s’agrippe à l’encolure de sa monture. Rupture de ligaments, et l’athlète se met au sol en rétractant son corps autour du membre touché.

Les sports de vitesse (ski, cyclisme) ne créent que des gestes involontaires, et par là plus dramatiques et/ou drôles, car le corps est investi d’une énergie cinétique empêchant tout contrôle lors de sa dégringolade. Dans tous les cas s’exprime l’instinct de protection d’un corps en danger, que ces gestes excluent des codes de la discipline pratiquée. Il y a production de gestes déplacés, non référencés et échappant à la maîtrise. Défensifs, et non offensifs. La chute soustrait donc à la compétition, mais paradoxalement ce point redore le dossard de la victime auprès du public.

Compassion : « un an d’entraînement pour tomber le jour J, le pauvre », Mauvaise foi : « s’il n’était pas tombé il l’aurait mangé ». Fatalisme : « les dieux du sport n’étaient pas avec lui ». Un geste déficient techniquement réintroduit, s’il va jusqu’à la chute, l’athlète coupable dans l’esprit du sport. A la lisière de cet esprit demeure le « qui perd gagne». En football par exemple, où la chute est parfois intentionnelle (par un auto-croche-patte, pour les plus vils, et pour les esthètes par un positionnement par rapport à l’adversaire rendant la chute inévitable) pour obtenir un coup franc ou un penalty, ou le surnombre (expulsion de l’adversaire fautif sur carton rouge).

La chute n’exclut donc pas l’athlète du champ du sport, elle produit juste un transfert d’un sousensemble (compétition) à un autre (spectacle). La preuve : tous les ans, à la fin de l’année, a lieu la retransmission du mondial de la chute – ça s’appelle le bêtisier du sport.