On compte en revanche nombre de survivances du saut-pomme, le fruit sujet à la pourriture précoce ayant été remplacé par le ballon de volley, de basket, de rugby (voir Touche), de foot (pour un coup de tête), par une balle de tennis (et alors l’homme encore trop nain se prolonge d’une raquette pour smasher ou servir), par des anneaux de gymnastique (et alors le plus dur reste à faire), etc.

Mais puisque passant de l’état de nature à l’espace social du sport, l’homme a saturé son existence d’activités gratuites, il arrive qu’on saute sans autre but que le saut luimême, en s’aidant à l’occasion d’une perche. A ce moment, une barre est bien placée en travers du saut, mais il s’agit non de l’attraper (et que ferait-on d’une barre ? je vous le demande), mais de la contourner par le haut.


Le superflu, qui dans le saut de cheval est pour ainsi dire sublimé en raffinement esthétique (Voir Le saut de l’ange de Nadia Comaneci), atteint son paroxysme avec le saut en longueur. Si son cousin ennemi de la hauteur peut lointainement évoquer l’immémoriale aspiration de l’homme à se hisser jusqu’à l’Olympe, on ne voit vraiment pas vers quoi fait signe ce concours de barbotage dans le sable. Tout juste peut-on, à titre de déterminant originelle, évoquer ces moments de la vie sauvage, où, coursé par un lion géant (voir Se mettre à courir), l’homme de Néanderthal enjambait dans son élan un bras de rivière, plantant sur la berge le fauve vert de rage. Qui du coup sautait sur la première gazelle venue, posant les bases d’un sport promis à une durable vogue, la drague.