Mind the Fumble !*

(*Gare au Fumble !) - par Pierre Bodeau-Livinec et Arnaud Macé | Numéro 1 : vendredi 11 janvier 2008
La description de quelques gestes simples semble un bon moyen d'initiation pour le public français aux subtilités du Football Américain, à l'heure où vient de commencer un mois particulièrement excitant dans la saison NFL (National Football League) : celui des playoffs, ou phase finale. À la suite d'une saison qui a vu se dérouler des championnats au sein des deux conférences (AFC et NFC), les meilleurs de chaque conférence sont qualifiés pour une phase finale organisée en système de coupe, avec la fameuse finale fédérale, le superbowl, qui aura lieu le 3 février prochain.
Le week-end dernier ont eu lieu les matches de barrages (Wild card) pour déterminer les quatre derniers participants aux finales de division (divisional playoffs). Deux matches ont particulièrement attiré notre attention, celui des Washington Redskins dans l'antre des Seattle Seahawks, et celui des New York Giants chez les Bucaneers de Tampa Bay. Les deux matches revêtaient une dimension tout à fait particulière. Les Redskins, après un début de saison pitoyable, réalisent un "4-1" - quatre victoires pour une seule défaite - depuis le meurtre d'un des leurs lors d'un cambriolage : cette révolte allait-elle perdurer dans les playoffs face aux solides Seahawks ? Les Giants, après une saison en demi-teinte s'interrogeaient sur la capacité de leur meneur de jeu, le quart-arrière (quarter-back) Eli Manning - fils du légendaire Archie Manning et, surtout, frère de Peyton, le quarter-back des Colts d'Indianapolis vainqueurs en 2007 - à prendre à son compte le jeu et offrir aux Giants leur première victoire en playoffs de l'ère Coughlin, après une vaillante défaite dans le dernier match de la saison contre l'une des équipes favorites de ces playoffs, les New England Patriots, dont on reparlera dans ces colonnes. Le week-end dernier a apporté des réponses en forme de verdict. Abordons les sous l'angle du fumble.
Qu'est-ce que le fumble ?
Il s'agit tout simplement du fait qu'un joueur qui porte le ballon à la main le laisse tomber, le plus souvent aidé par un joueur adverse venu tenter de lui chiper. Chacun pourra consulter son wikipedia préféré pour approfondir la connaissance des règles du football, mais disons pour dire vite et avant d'approfondir davantage dans les prochaines chroniques, qu'une équipe qui attaque tente de contourner l'obstacle que lui oppose celle qui défend, en portant le ballon à travers les lignes de cette dernière (c'est en particulier le rôle des arrières, les runnings backs), ou en le passant par-dessus celles-ci à des joueurs partis courir derrière les lignes de défense adverse (les ailiers, wide receivers). Le meneur de jeu, le quart-arrière (quarterback), l'équivalent du demi d'ouverture au rugby, protégé par ses avants (les offensive linemen) fait le choix de confier la balle à un arrière ou de la lancer à un ailier. L'équipe qui défend tente de freiner cette avance, soit par l'interception des passes, soit par la déstabilisation d'un joueur portant le ballon, le plus souvent grâce à un placage. On cherche tout particulièrement à s'en prendre au quart-arrière avant même qu'il puisse armer sa passe. Le joueur qui lâche le ballon commet un fumble, et lorsque ce geste est subi sous la pression de l'adversaire, on dit qu'il y a eu un fumble forced. Le ballon peut alors être récupéré par n'importe quel joueur : c'est le fumble recover, qui permet par exemple à l'équipe qui défend de récupérer la balle et provoquer un turnover, reprendre la main pour attaquer.
La quantité des fumbles obtenus par une équipe en phase défensive marque sa capacité de pénétration au sein des lignes adverses, sa capacité à lire et à désorganiser les attaques de l'adversaire (et sa capacité à prendre des risques, lorsqu'elle lance ses défenseurs en avant et dégarnit ainsi ses lignes). Le fumble, c'est une arme souvent fatale, Mel ne nous contredira pas, car il n'arrête pas le chronomètre ; l'équipe qui récupère le ballon reprend donc la maîtrise du temps, le Graal du football américain. Les Seahawks manièrent samedi dernier cette arme avec férocité dans la première mi-temps, provoquant plusieurs fumbles qui laissèrent longtemps l'attaque des Redskins la tête sous l'eau. Malgré un vaillant retour en deuxième mi-temps, Washington ne parvint pas à desserrer suffisamment l'étau et s'inclina. Les Bucaneers étaient quant à eux crédités d'un redoutable opportunisme : cette équipe assez moyenne avait conquis sa place en playoffs par la rigueur de sa défense (deuxième meilleure défense de l'année, meilleure défense face à la passe (interception), sa capacité à produire du fumble à la chaîne. Le défi était majeur pour le jeune Eli Manning, meneur de jeu contesté. Le meneur de jeu des Bucaneers, Ronde Barber, avait mis la pression avant le match, affirmant que Manning n'avait pas les épaules pour supporter l'intensité des grands matches.
Manning ne subit aucune interception et aucun fumble dimanche dernier, jouant sobrement, et animant un mémorable drive (poussée progressive à travers tout le terrain) victorieux de 12 minutes en deuxième mi-temps, lisant à la perfection les mouvements de la défense des Bucaneers. No fumble, no trouble, pourrait-on dire. Les Giants seront dimanche à Dallas, les Seahawks samedi à Green Bay. On suivra bien sûr Manning et les siens dans leur périlleux voyage au Texas, sans oublier le match des Patriots, invaincus en saison régulière, ni celui des Colts, inhabituellement discrets ces temps-ci.
- Retrouver tous les matches sur http://www.nfl.com/schedules#Week
Crédit photo : © Cameron Collingwood - Fotolia.com
Par Arnaud Macé, vendredi 11 janvier 2008 à 10:33 - Chroniques par les gestes des Playoffs NFL 2008 - #28 - rss


Une question virgule un beau geste ?
Commentaires | votre avis
1. Le lundi 14 janvier 2008 à 12:37, par Arnaud Macé