The "T" Word

Trêve de plaisanteries. Les finales de conférences ont rendu leurs verdicts. Sur leur terrain, les New England Patriots n’ont pas eu l’occasion de trembler un peu de la jugulaire pour se défaire des Chargers de San Diego valeureux mais sans grand génie. Deux touchdowns dans le deuxième quart-temps, un troisième pour le standing dans le dernier et les voilà en partance pour Phoenix, où le coup d’envoi du Super Bowl sera donné dimanche à 16h18 tapantes.
Ils y retrouveront ceux qu’ils avaient vaincu d’extrême justesse à l’issue d’un match d’anthologie lors de la dernière journée de la saison régulière : les New York Giants. Dans les prolongations d’un affrontement aussi dur qu’indécis sur le Lambeau Field des Packers de Green Bay, Lawrence Tynes a envoyé les siens accrochés au ballon, droit entre les poteaux, direction l’Arizona.
Avec deux touchdowns de part et d’autre, et en dépit des merveilles déployées par leurs quarterbacks respectifs – Eli Manning et Brett Favre, Giants et Packers se sont finalement disputés au pied la victoire en finale de conférence et, donc, le droit de défier les Patriots. C’est souvent le lot des batailles de tranchée en overtime, décidés par la règle de la « mort subite ». Dans un sport où le touchdown vaut au moins six points, parfois huit dans les grands jours et presque inévitablement sept, sauf à confier à Trézéguet le soin de la transformation, le fait est tout de même inhabituel.
Car le touchdown, c’est le geste de ce sport, ce par quoi il nous attire et maintient dans sa captivité. Infinie variété des touchdowns possibles, comme l’empreinte digitale de chaque quarterback. Osons une petite typologie, fondée sur les travaux conjoints du MIT, de la NASA et du Pentagone, que l’on remercie pour leur générosité :
- Le touchdown dit du « Grand Canyon » : celui que vous connaissez tous, parfois initié par un scramble bien manœuvré (voir épisodes précédents) : le quaterback reçoit le ballon, attend ou provoque le décalage, lance le ballon au receiver soit directement dans l’en-but (variante connue sous le nom « bienvenue à OK Corral »), soit dans le champ, à charge pour le receiver de finir le boulot (version finement dénommée « La chevauchée fantastique ») ;
- Le touchdown dit « à la Woody Woodpecker » : peut venir du quarterback lui-même, mais plus souvent de l’un des deux running backs auquel il confie l’offrande voire, en cas de fumble bien exécuté (pour celles et ceux qui suivent), de l’un des defensive ends : le joueur court – en marchant, c’est drôle aussi mais moins efficace - porter le ballon dans l’en-but adverse, généralement après passage en revue de tout ce qui a le mauvais goût de se mettre sur son passage ;
- Le touchdown dit du « Triple Whopper », en hommage au sandwich phare du si regretté Burger King en nos contrées : ne se pratique pas à plus de 10 yards de l’en-but et consiste, comme dans un maul bien pénétrant du SU Agen de la grande époque, à accumuler les couches de viande jusqu’à pousser le porteur du ballon au-delà de la ligne adverse. Le triple Whopper peut aussi faire office de transformation du touchdown qui vient d’être marqué, afin d’ajouter aux six points de récompense règlementaires deux points et non un seul comme dans le cas de la transformation au pied.
Tout ceci est assez grossier, convenons-en, mais donne un peu de lecture au jeu.
Il n’en déflore cependant pas le mystère. Car le touchdown, au sens littéral du terme, l’atterrissage, le fait d’aplatir, tout simplement n’existe pas. Ou alors par pure inadvertance. Le joueur n’est pas requis par les règles de poser le ballon en terre adverse et, le plus souvent, il n’en a cure. Prendre ce soin inutile, perdre ce temps insignifiant, c’est presque une faute de goût, le point final balourd d’un mouvement qui ne l’exige ni ne le souhaite. Un peu comme si Desailly envoyait de nouveau le cuir dans les filets après un chef d’œuvre de but de Pedros. On est là pour conquérir, pas pour s’arrêter.
Le touchdown est un non-dit, un « T » word qui ne fait pas son nom, un mouvement plutôt qu’un geste – continuons notre chemin.
Dimanche, à partir de 16h18, on comptera donc les touchdowns comme des papillons dans les airs. Les Patriots sont largement favoris pour remporter une 19ème victoire de rang. Mais Tom Brady, leur quarterback fétiche, donne quelques signes de fatigue et son alter ego des Giants peut devenir, en un seul match, le cadet magique de la famille Manning. On a envie de dire « NY not ? ». Et pourquoi pas ?
Pierre Bodeau-Livinec
Par les gestologues, samedi 2 février 2008 à 10:24 - Chroniques par les gestes des Playoffs NFL 2008 - #30 - rss


Une question virgule un beau geste ?
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